Zoom sur la place de l’équipe de France Féminine dans le cœur des Français

L’équipe de France féminine de football dispute la Coupe du monde au Canada. L’occasion de savoir s’il est possible d’aimer le football sans pour autant être attiré par les matches féminins. Et surtout sans en subir les foudres des bien pensants.

Alerte sujet sensible ! Misogynie, sexisme et esprit rétrograde, les critiques fusent souvent lorsque l’on tente de parler de sport féminin sans être dithyrambique et en tentant une critique. Pourtant, devenu un sport médiatique et semi-professionnel (vois complètement pro dans les top-équipes), le football féminin doit être logé à la même enseigne qu’une Ligue 1 masculine que l’on traite d’ennuyeuse sans que cela ne dérange réellement.

Les femmes/filles jouent au football, c’est très bien et leur accès à ce sport doit être total sans aucune distinction ou discrimination par rapport aux hommes/garçons. Mais l’équité et la parité veulent aussi dire pas de traitement de faveur à l’heure de l’analyse. Il s’agit donc ici d’essayer de donner un avis basé sur l’observation neutre et certains vont certainement parier sur la finale.

Un jeu très technique mais trop lent

Samedi 13 juin, la programmation offrait aux fans de football la possibilité de regarder le match de l’équipe de France masculine en Albanie, avant de basculer à la mi-temps sur France-Colombie en Coupe du monde féminine. Soyons honnêtes, l’aficionado tricolore a passé une sale soirée et les deux équipes n’ont pas régalé avec deux défaites et des contenus moyens. Pour un journaliste observateur, c’était l’occasion d’utiliser enfin la double lucarne sur la télé et surtout regarder en temps réel  les deux jeux, et de tenter l’impossible à savoir comparer, malgré deux contextes différents.

laure boulleau

Le premier argument des pro-football féminin est le jeu plus technique des féminines. En effet, la qualité de centre de Laure Boulleau ou de Jessica Houara aurait égayé les couloirs des garçons, dont le désert laisse apercevoir peu d’oasis. Quant au milieu de terrain, le duo Abilly
Bussaglia

a une vraie qualité balle au pied et une belle vision du jeu. Mais était-ce pour autant agréable à regarder ? Samedi, pas vraiment. C’était brouillon, collectivement grippé et stérile dans les 30 derniers mètres. Dans l’autre match ? Jallet et Evra restaient désespérants et le milieu Kondogbia-Gonalons se noyait face à l’intensité et l’agressivité albanaise. Mais est-ce suffisant pour rendre le match des filles plus agréable ?

Et il est là LE point de discorde entre les fans des Bleues et ceux qui goûtent peu leurs matches : l’intensité. Précisons que nous ne parlons ici que du spectacle télévisuel, car l’impression dans un stade est toujours différente. Et force est de constater que le rythme d’un match féminin souffre de la comparaison. Le jeu donne l’impression d’être lent, l’intensité moindre et le produit télévisuel moins attrayant. Le match des hommes de Didier Deschamps était médiocre mais en comparaison de celui de l’équipe de Bergeroo, il paraissait plus rapide. Pour illustrer, c’est un peu comme comparer le football anglais et la Ligue 1. Entre deux matches de niveau moyen, celui de Premier League est plus « regardable » car plus intense.

Ne pas aimer le foot féminin mais militer pour qu’il existe

Alors évidemment, on ne demandera pas aux femmes d’aller aussi vite ou de développer la même puissance, mais les faits sont là. S’il faut regarder deux matches de football sans tenir compte du sexe des pratiquants, et c’est là la vraie définition de la parité, le match des garçons emballera sans doute plus de personnes. Certes, les audiences sont très bonnes sur W9, mais sans commune mesure avec un match de Coupe du monde des garçons pour autant. Soyons lucides, un match amical des filles aurait fait une audience bien moindre que les 2,8 millions de la purge de Lloris and co.

Pour ceux qui lèvent déjà les boucliers, détendez-vous. Organiser une Coupe du monde féminine, c’est légitime et indispensable. Développer le football féminin, c’est une mission que la FFF doit avoir comme priorité, tout comme la féminisation des cadres dirigeants et techniques. Il doit y avoir un égal accès au football en France pour les filles et les garçons, c’est républicain, c’est démocratique et la Fédération française de football doit en faire un cheval de bataille. Ensuite, libre aux spectateurs d’aimer ou pas. Pointer du doigt des personnes qui ne seraient pas enclines à regarder du football féminin serait une forme de dictature. Ce n’est pas une obligation, le seul devoir est d’accepter qu’il existe et d’encourager les initiatives pour son développement, ce qui passe aussi par l’ouverture aux paris sportifs de ces sports au féminin.

 

 

Les Bleues affrontent le Mexique ce mercredi 17 juin afin de tenter de décrocher une qualification pour les huitièmes de finale du Mondial. L’esprit cocardier l’emportera et le soutien aux coéquipières de Gaëtane Thiney sera total. Une éventuelle élimination serait dure car cette équipe à une belle carte à jouer pour tenter d’aller chercher le Graal, le travail de ce groupe mérite d’être couronné de succès. Mais ne jetons pas la pierre à ceux qui se contenteront de regarder le résultat sur leur smartphone, sans regarder la rencontre. C’est leur droit. D’ailleurs il sera intéressant de voir les audiences de ce match capital, diffusé un mercredi à 22h.